« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16323, f. 247-248], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10986, page consultée le 03 mai 2026.
Mardi soir, 8 h.
Vous m’avez fait un petit chagrin tout à l’heure, mon Toto. Tandis que je
sacrifiaisa à votre tranquillité
le bonheur d’être avec vous une minute de plus, vous vous occupiez de paillasses plus
ou moins sauvages, sans me donner un souvenir, ni un adieu. C’est dans des moments
comme ceux-là que je sens que vous ne m’aimez pas comme je vous aime, et j’en ai bien
du chagrin. Encore une autre remarque que j’ai faiteb, c’est que jamais vous ne me parlez de mes lettres, vous ne vous
apercevezc ni des plaintes que
je vous fais, ni de l’amour que je vous donne dans tous les mots, sous toutes les
formes et à propos de tout. Vous m’avez rendued toute triste, de contente et d’heureuse que j’étais. Mon Toto,
vous ne m’aimez pas comme je vous aime. Vous avez épuisé
tout d’un coup toutes mes facultése d’aimer et comme vous
le disiez très bien devant le briocheur de la rue Saint-Jacques, les chaussons exquis de ce temps-là ne sont plus maintenant que d’atroces
gâteaux au beurre fort. Et moi, je dis à part moi : l’amour
enthousiastef et passionné qu’il avait dans ce temps-là, n’est plus à
l’heure qu’il est, pour moi, qu’un goût plus ou moins vif, mais pas autre chose.
Alors, je deviens triste, triste comme une pauvre femme trompée.
Si vous saviez
comme je vous aime, mon Toto, vous comprendriez toutes ces angoisses du plus ou du moins. Vous en auriez pitié et au lieu de
laisser mes lettres sans réponse, vous viendriez aussitôt après les avoir lues, me
consoler et me rassurer dans le cas où mes craintes seraient injustes. Tenez, je vous
donne mille baisers. Combien en laisserez-vous perdre ?
Juliette
a « sacrifais ».
b « fait ».
c « appercevez ».
d « rendu ».
e « facultées ».
f « enthousiasme ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
